La loi applicable au contrat
Règlement Rome I, lieu habituel de travail, choix d'une loi étrangère et ses limites.
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Le contrat du personnel recruté localement par une ambassade étrangère en France relève en principe du droit français. Bien rédigé, il protège les deux parties ; recopié d'un modèle étranger, il devient la première pièce d'un dossier prud'homal.
Le contrat d'un salarié recruté localement par une ambassade étrangère en France est régi, à défaut de choix, par la loi du pays où il accomplit habituellement son travail, donc par la loi française (règlement Rome I, article 8). Les parties peuvent choisir une autre loi, mais ce choix ne peut pas priver le salarié de la protection des dispositions impératives françaises. Le code du travail reste le socle, quel que soit le modèle utilisé. Le bon contrat n'est donc pas un document de la capitale traduit en français, mais un contrat français adapté à une mission.
Une affaire voisine l'a montré. Le 13 janvier 2021, la Cour de cassation (n° 19-17.157) a jugé, à propos d'un salarié chargé de comptabilité au bureau parisien de la Ligue des États arabes, qu'un statut ou un règlement du personnel n'est pas une « loi » au sens des règles de conflit. Faute de choix valable d'une loi, la loi française s'appliquait. Une ambassade qui renvoie, dans ses contrats, au règlement du personnel local édicté par son ministère n'a donc pas choisi une loi étrangère : elle a seulement joint un document au contrat. Le raisonnement complet figure sur la page loi applicable au contrat.
Nous rédigeons le contrat en français, comme le code du travail l'exige pour un contrat écrit (article L. 1221-3), et nous en fournissons une traduction anglaise. Lorsque le salarié est étranger, il peut demander une traduction dans sa langue ; les deux textes font alors également foi, et en cas de discordance seul celui rédigé dans sa langue peut lui être opposé. La version anglaise sert aussi à la capitale, qui doit savoir ce que son représentant signe, et au prochain chef de chancellerie, qui ne lira peut-être pas le français.
Le détail
L'immunité de juridiction d'un État se juge sur les fonctions réellement exercées, pas sur l'intitulé du poste. Une secrétaire de l'ambassadeur chargée de l'agenda et de la correspondance non confidentielle a pu saisir le juge français de son licenciement (Cour de cassation, 27 novembre 2019, n° 18-13.790). Le contrat doit décrire le poste tel qu'il est : c'est la pièce que le juge lira en premier. Un intitulé flatteur ou vague ne protège personne.
Chancellerie, résidence, section consulaire, institut : le contrat précise où le salarié travaille et dans quelles limites il peut être appelé ailleurs. Pour un chauffeur ou un agent de la résidence, la mention compte plus qu'on ne le pense : elle fixe le lieu habituel de travail, donc la loi applicable, et elle évite de transformer chaque déplacement, même lointain, en modification du contrat.
La durée légale est de 35 heures par semaine. Le contrat fixe l'horaire de référence, sa répartition sur la semaine et le traitement des heures supplémentaires. Une mission vit au rythme des visites et des réceptions officielles ; le contrat doit le dire, et dire comment ces heures sont comptées et payées. Un forfait se rédige avec précaution, en indiquant le nombre d'heures qu'il couvre et la façon dont les heures au-delà sont réglées.
La période d'essai initiale d'un CDI ne peut pas dépasser 2 mois (employés), 3 mois (techniciens, agents de maîtrise), 4 mois (cadres). Elle ne se présume pas : elle doit figurer dans le contrat. Un modèle venu de la capitale peut prévoir une période plus longue, alignée sur les usages de sa fonction publique ; la durée qui dépasse le maximum légal ne peut pas être opposée au salarié. Mieux vaut une période courte et bien employée qu'une clause longue et fragile.
Le salaire s'exprime en euros, en brut mensuel, avec ses éléments fixes et les primes que la mission s'engage à verser. Une référence à une grille de la capitale ou à une monnaie étrangère crée des écarts à chaque variation de change, et des discussions à chaque bulletin. Le montant ne peut jamais être inférieur au SMIC, 1 867,02 € pour 35 heures depuis le 1er juin 2026, au prorata pour un temps partiel.
Déroulement
Nous partons du poste réel : ce que la personne fera, pour qui, où, avec quels horaires et quelle rémunération. Nous demandons aussi la nationalité et la résidence du futur salarié, qui décident de son régime de sécurité sociale, et vérifions si une convention bilatérale lui ouvre un droit d'option. Ces réponses changent le contrat et la paie qui suivra.
Le projet est remis en français avec sa traduction anglaise, chaque clause accompagnée d'une courte explication destinée à la capitale. Quand la mission tient à une clause de son modèle d'origine, nous disons si elle est valable en droit français, si elle doit être adaptée, ou si elle ne produira aucun effet. La mission tranche en connaissant les conséquences.
Le contrat est signé par la personne habilitée à engager la mission. Nous préparons en parallèle la déclaration préalable à l'embauche et l'entrée du salarié en paie, pour que le premier bulletin corresponde exactement au contrat signé : même salaire, même horaire, même date d'entrée. Un écart dès le premier mois nourrit une méfiance qui dure.
Changement de poste, de temps de travail ou de rémunération : chaque modification importante passe par un avenant, dans les deux langues. Nous tenons la version à jour du contrat dans le dossier du salarié, pour que le prochain administrateur sache ce qui a été convenu, et depuis quand, sans devoir reconstituer toute l'histoire à partir des bulletins.
Un contrat à durée déterminée ne sert pas à caler l'emploi d'un salarié local sur la durée d'affectation du chef de poste. Le code du travail ne l'autorise que dans des cas précis, dont le remplacement d'un salarié absent et l'accroissement temporaire d'activité. Sa durée totale et ses renouvellements sont limités, un délai de carence s'impose en principe entre deux contrats sur le même poste, et une indemnité de fin de contrat est due dans la plupart des cas. Une mission qui enchaîne des CDD d'un an pour le même agent d'accueil s'expose à une requalification en CDI, avec les rappels et indemnités qui l'accompagnent.
Le CDD garde sa place : remplacer la secrétaire en congé de maternité, renforcer la section consulaire pendant une période électorale de l'État d'envoi. Encore faut-il écrire le motif précis, le nom du salarié remplacé le cas échéant, et remettre le contrat au salarié dans le délai légal. Le socle horaire et salarial est rappelé sur la page SMIC, durée du travail et congés.
Certaines missions veulent soumettre le contrat au droit de leur État. Rome I le permet, mais l'effet est limité : le salarié garde le bénéfice des dispositions impératives françaises, qu'il s'agisse de durée du travail, de SMIC, de congés ou de protection contre le licenciement. Le juge écarte la loi choisie chaque fois qu'elle protège moins bien. Une clause qui attribue compétence aux tribunaux de la capitale ne vaut guère mieux : dans l'affaire Mahamdia (19 juillet 2012), qui concernait le chauffeur d'une ambassade à Berlin, la Cour de justice de l'Union a jugé qu'une telle clause, conclue avant le litige, ne prive pas le salarié des juridictions protectrices prévues par le droit de l'Union.
C'est l'erreur que l'on retrouve le plus souvent. Le modèle a été écrit pour les agents locaux de l'État dans d'autres pays, ou pour ses fonctionnaires. Il renvoie à un statut, prévoit une période d'essai trop longue, une résiliation à préavis libre, parfois une obligation générale d'obéissance sans description de poste. La secrétaire recrutée en 2009 sur un tel modèle, puis congédiée par simple lettre, peut réclamer devant le conseil de prud'hommes ce que le code prévoit, et la mission découvre alors que l'immunité ne couvrait pas ce poste. Voir licenciement et rupture du contrat et immunité de juridiction.
Questions fréquentes
Elle peut choisir une loi étrangère dans le contrat, mais ce choix ne prive pas le salarié qui travaille habituellement en France des dispositions impératives du droit français. Un simple règlement interne du personnel ne vaut même pas choix de loi, comme l'a jugé la Cour de cassation le 13 janvier 2021. En pratique, le contrat d'un salarié local se construit sur le code du travail ; les règles propres à la mission s'y ajoutent quand elles sont plus favorables ou qu'elles portent sur l'organisation interne.
Le contrat se signe en français. La traduction anglaise que nous fournissons peut être paraphée en même temps, pour que chacun dispose du même document, et la mission peut l'envoyer telle quelle à la capitale. Si le salarié est étranger et demande une traduction dans sa langue, celle-ci fait également foi, et en cas de discordance seule elle peut lui être opposée. Un contrat rédigé seulement en anglais ne respecte pas cette règle, et la mission s'expose à voir ses clauses discutées.
Le code du travail ne permet de renouveler la période d'essai que si un accord de branche étendu le prévoit et si le contrat le mentionne. Aucune convention collective de branche ne vise les ambassades : en règle générale, la période d'essai d'un salarié de mission n'est donc pas renouvelable, et nous la rédigeons ainsi. Si la mission applique volontairement une convention de branche qui prévoit le renouvellement, il faut vérifier que ce renvoi suffit. Nous préférons une période initiale bien calibrée, dans la limite légale.
Le titre de séjour spécial délivré par le Protocole ne vaut pas autorisation de travail. Un conjoint peut exercer une activité rémunérée lorsqu'un accord bilatéral le permet : la France en a signé 57, selon une réponse ministérielle publiée le 11 septembre 2025. Dans ce cadre, il relève de la législation française en matière d'impôt et de sécurité sociale pour cette activité. S'il est recruté comme salarié local de la mission, son contrat se rédige comme celui des autres, une fois accomplie la procédure prévue par l'accord.
Pour aller plus loin
Règlement Rome I, lieu habituel de travail, choix d'une loi étrangère et ses limites.
Voir la pageEmbauches, absences, arrêts de travail, registre, titres de séjour spéciaux.
Voir la pageDurée du travail, congés, discipline, ruptures, représentation du personnel.
Voir la pagePremier contact
Envoyez-nous le modèle utilisé par la mission, ou décrivez le poste à pourvoir. Nous vous remettons un projet en français et en anglais, commenté clause par clause.